jeudi 20 juillet 2017

La maltraitance animale, pourquoi ?



Psychologie du crime de l'exploitation animale.

Quiconque veut bien prendre la peine d'appliquer les acquis de la psychologie sociale à la relation entre humains et animaux exploités sera en mesure de prédire qu'aucune législation ne suffira à mettre fin aux mauvais traitements, sauf à interdire purement et simplement toute exploitation.

Un certain sadisme, inhérent aux pratiques d'exploitation de tout animal dont le sort sera tôt ou tard la boucherie, ne semble en effet pas avoir d'autre cause que la connaissance de ce destin par l'éleveur, le transporteur et le boucher. 

Encore vivant, l'animal est déjà de la viande par destination

Les vivisecteurs par exemple ont coutume de dire que dès l'instant où cela ne choque personne d'utiliser un animal pour en faire de la viande, rien ne s'oppose à ce qu'on l'utilise également pour n'importe quel autre usage, même s'il est plus cruel. Franchir le cap de l'abattage semble donc ouvrir la porte au sadisme.

Mais il existe une seconde raison, confirmée par d'autres observations , au développement du sadisme dans toute exploitation ou domination institutionnalisée

Imaginez que pendant la dernière guerre mondiale, vous ayez, en tant qu'officier allemand, été affectée contre votre ,volonté dans un camp d'extermination. Puisque vous n'avez pas le courage de déserter, voilà que votre fonction sociale devient celle de tuer des Juifs/Juives, des Tziganes ou des homosexuel(le)s. Il vous est évidemment impossible d'assumer cette fonction sociale dans l'indifférence. Comment vous justifier à vos propres yeux ? Suis ­je une ordure ? 

Pour éviter cela, il n'existe qu'une issue psychologique : ce sont mes victimes les salopes

C'est la seule justification possible à mon rôle de bourreau

Plus je serai sadique avec elles, plus je les considérerai comme haïssables et plus je me justifierai à mes propres yeux. Un ami dentiste m'a raconté avoir été amené au cours de ses études à opérer des mâchoires de cadavres. La réaction de beaucoup d'étudiant e s était alors de manifester une cruauté apparemment gratuite à l'encontre de ces corps morts, en leur crevant les yeux par exemple.

Cela ne relève­-t- ­il pas du même phénomène ? Si l'on vous demandait de découper le corps de quelqu'un qui vient de mourir et contre qui vous n'avez aucune animosité, pourriez­ vous le faire sans la moindre gêne ? Ne serait ­ce pas plus facile si ce corps était celui d'une ordure ? Alors puisque vous êtes en position de dominant, c'est le jeu que vous allez jouer.

Si vous êtes maintenant payé pour tuer cinquante cochons par jour, au lieu de les poser par terre sans leur faire mal en les sortant du camion, vous allez les laisser tomber de deux mètres de haut pour qu'ils se cassent la colonne vertébrale, et comme cela ne suffira pas encore, vous allez leur décocher un grand coup de pied dans les côtes. Vous n'avez guère le choix.

Sinon c'est vous qui allez vous considérer comme un monstre...

On reproche souvent aux vivisecteurs leur cruauté « gratuite ». Non contents d'effectuer sur les animaux des tests et des opérations sans anesthésies, ils/elles les manipulent sadiquement, les laissent cruellement souffrir sur une table d'opération pendant leur repas, etc. Ne trouvant pas d'explication à cette cruauté, certains sous entendent volontiers que tout individu normalement constitué éviterait ces tortures inutiles et que le comportement de celles/ceux-là prouve qu'ils/elles sont des monstres. C'est ne pas comprendre qu'il s'agit pour elles/eux de la seule issue psychologique à la cruauté qu'implique leur rôle social et que chacun de nous serait très fortement tenté d'adopter la même dans un contexte semblable.

Ne peut ­on en conclure qu'à l'échelle de notre société il est utopique de vouloir mettre fin à ce type de sadisme sans renoncer à l'exploitation animale ?

Philippe Laporte


Né en 1960, Philippe Laporte commence à militer contre l’exploitation animale et contre l’automobile en ville au début des années 1990. Il est frappé par le désintérêt des militants pour les facteurs psychologiques et pour les déterminismes sociaux. Il s’oriente alors vers la psychologie sociale. Son Site : http://www.philap.fr/